La corruption, la pollution et le travail des enfants ternissent depuis longtemps l’industrie du cobalt en République Démocratique du Congo (RDC). Mais existe-t-il un moyen de transformer la richesse du pays en minéraux critiques en une bénédiction plutôt qu’en malédiction ?
JEAN PIERRE : La RDC joue un rôle crucial dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du cobalt… Nous fournissons environ 70 % de la demande mondiale. Mais nous avons du mal à capter les bénéfices de son exploitation.
ALAKA : Nous devons sécuriser l’accès à l’énergie et à l’électricité pour les Africains qui vivent et travaillent sur le continent. Il ne suffit pas que cette révolution nous dépasse.
Bienvenue dans The World Unspun. Je suis votre hôte, Maxine Betteridge-Moes.
Il s’agit du troisième épisode de notre mini-série Dig Baby Dig. Après le Pérou et la Serbie, nous nous rendons maintenant en République Démocratique du Congo.
Une transition énergétique dépendante de la RDC
Des câbles en cuivre de nos réseaux électriques aux véhicules électriques qui se multiplient sur nos routes, la transition énergétique mondiale dépend fortement de la RDC. Pourtant, l’industrie du cobalt y est marquée par la corruption, la pollution et le travail des enfants.
Cat Rainsford, enquêtrice pour l’organisation Global Witness, s’est penchée sur cette question : comment faire en sorte que la richesse minérale critique de la RDC devienne un atout plutôt qu’un fardeau ?
Pour approfondir le sujet, elle s’est entretenue avec :
- Alaka Lugonzo, conseillère principale société civile au sein de la campagne sur les minéraux de transition chez Global Witness.
- Jean Pierre Okenda, chercheur principal sur les droits humains, avocat spécialisé dans la gouvernance minière en RDC et directeur exécutif de Sentinel Natural Resources.
Pollution, déplacements et impacts sanitaires
L’article commence par l’histoire d’une femme appelée Marie, vivant à Kabombwa, un village agricole du sud de la RDC.
Après la construction d’une usine par la mine Tenke Fungurume (TFM), détenue par des intérêts chinois, les habitants ont constaté que l’eau de la rivière irritait leur peau. Les symptômes incluaient :
- Gonflements abdominaux
- Saignements de nez
- Difficultés respiratoires
- Éruptions cutanées
- Fausses couches et malformations congénitales
Selon un rapport de 2024 de l’ONG RAID, la pollution liée aux mines dans la ceinture cuivre-cobalt du sud de la RDC entraîne de graves impacts sanitaires.
Des anciens du village affirment que 11 personnes seraient mortes de maladies liées à la pollution.
TFM nie tout lien direct entre l’usine et les maladies signalées. Le gouvernement a accepté une relocalisation partielle, mais les habitants dénoncent des compensations insuffisantes.
JEAN PIERRE : Les communautés paient un coût énorme. Certaines sont déplacées deux fois. Les rivières ne permettent plus la pêche. C’est une situation horrible.
Global Witness a recensé 334 incidents de violence ou de protestation liés à quatre minéraux critiques entre 2021 et 2023. Les 13 incidents liés au cobalt ont tous eu lieu en RDC.
Un paradoxe économique majeur
Le secteur minier représente 50 à 60 % du budget de l’État congolais.
Pourtant :
- La RDC figure parmi les cinq pays les plus pauvres au monde
- 75 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour
- Le secteur est marqué par le travail forcé, la dégradation environnementale et l’extraction massive de richesses
JEAN PIERRE : Il y a un écart énorme entre les statistiques de production et la pauvreté sur le terrain.
Conditions de travail préoccupantes
Selon des rapports récents :
- Salaires bas
- Heures excessives
- Mauvais traitements
- Discrimination et racisme
- Manque d’équipements de protection
La loi congolaise limite la durée du travail à 45 heures par semaine, mais cette règle est peu respectée.
Corruption et perte de revenus
Global Witness documente depuis plus de dix ans des pertes massives de revenus miniers dues à :
- Des contrats opaques
- Des irrégularités fiscales
- La corruption
Glencore a reconnu avoir versé des pots-de-vin, y compris en RDC, et a payé 180 millions de dollars en 2022 pour régler des accusations de corruption.
Géopolitique et domination chinoise
Les entreprises chinoises dominent désormais largement le secteur minier congolais.
JEAN PIERRE : Si l’État n’est pas capable d’appliquer la loi, certaines entreprises profitent de cette faiblesse.
Le corridor de Lobito
Un méga-projet de 6 milliards de dollars vise à relier les mines de la RDC et de la Zambie à la côte angolaise.
Mais les Congolais restent sceptiques.
JEAN PIERRE : Cela pourrait accroître la pression sur l’extraction minière et aggraver les impacts environnementaux et sociaux.
Un accord de paix fragile
En juin, la RDC et le Rwanda ont signé un nouvel accord de paix après des décennies de conflit.
Le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, contrôle plusieurs mines lucratives dans l’est du pays.
Amnesty International souligne que cet accord ne prévoit pas de mécanismes solides de justice pour les victimes.
À quoi ressemblerait une transition juste ?
JEAN PIERRE :
- Protection stricte de l’environnement
- Partage équitable des richesses
- Transformation locale et industrialisation
ALAKA :
- Sécuriser l’accès à l’électricité pour 300 millions d’Africains
- Ajouter de la valeur localement
- Créer des emplois
- Mettre fin à l’exportation brute des minerais
Conclusion
La transition énergétique mondiale dépend des ressources congolaises. Mais pour qu’elle soit juste, elle doit :
- Protéger l’environnement
- Garantir les droits humains
- Lutter contre la corruption
- Promouvoir la transformation locale
- Assurer un partage équitable des bénéfices
Sans cela, la richesse minérale de la RDC restera une malédiction plutôt qu’une bénédiction.
Source: https://newint.org/mining/2025/dig-baby-dig-part-3-drc-alaka-lugonzo-and-jean-pierre-okenda

